
Autrefois, on recherchait un style homogène lors de la construction des abbayes et des monastères ; pour l’abbaye de Westvleteren, il n’en fut rien.
De l’ancien au contemporain
Des bâtiments du 19e siècle, seul le meilleur a été conservé : l’ancienne église (1848) et l’ancien corps de garde (1878).
Le reste a été démoli puis reconstruit, chaque fois dans un autre style : l’hôtellerie, l’église, les espaces de vie des frères et la brasserie.
Résultat : un amalgame.
Cela peut être intéressant sur le plan architectural, comme nous pouvons le constater en toute modestie à l’abbaye Saint-Sixte. L’architecte b0b Van Reeth le formulait ainsi : « Il s’agit de concevoir des constructions dans lesquelles le temps, tout comme la forme et le matériau, est intégré. »
Au fil des ans, plusieurs architectes ont montré leur savoir-faire. Nous aimerions citer deux maîtres d’œuvre remarquables : Arthur Degeyter (1919-2004) et b0b Van Reeth (1943-2025).
En 1968, l’architecte Arthur Degeyter a conçu l’église actuelle. Il a su donner forme à une architecture cistercienne contemporaine et authentique. Une architecture précieuse, qui témoigne d’une évidence naturelle et qui traverse le temps avec une maîtrise frappante. Les vitraux placés en hauteur ont été conçus par l’artiste verrier Michel Martens et le sculpteur Roger Bonduelle. Sans rien raconter, ils encadrent le ciel, en toute sobriété et simplicité.
À la demande de la communauté, l’architecte b0b Van Reeth a conçu entre 2008 et 2011 le lieu de vie des frères. Il en est né un processus de travail intègre et partagé, fait de réflexion commune et de recherche par le projet. Une architecture qui sait préserver le silence et la solitude, sans chercher des formes nouvelles. La commande comme une quête.
Avec ses opinions tranchées, b0b Van Reeth disait de ce résultat étudié mais sobre : « L’architecture contemporaine n’est pas l’exceptionnel, mais l’ordinaire », et encore « La simplicité est de la complexité comprimée ».
Le projet élémentaire de la petite chapelle des pèlerins, attenante au monastère, résume tout cela sans la moindre rupture. Une hutte primitive, comme une enveloppe protectrice pour une Madone qui élève le cœur, due à l’artiste plasticien Philip Aguirre y Otegui.
« Un acte de courage et de foi en l’avenir » : ainsi le critique d’architecture Geert Bekaert décrivait-il l’abbaye rénovée de Westvleteren. Une abbaye qui est et restera en évolution. Intemporelle et chère.
Une abbaye qui est et restera
en évolution.
